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Vous avez dit Juge-mage

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Vous avez dit Juge-mage ?

Un personnage m’avait intrigué dès mon premier contact avec l’histoire de Cluny : le juge-mage ! Fonction manifestement liée à la justice, mais enrichie d’une note presque ésotérique. A  y regarder de près, la magie s’évanouit un peu, puisque c’est en fait la transcription du latin Judex Major. Mais la place du juge-mage était déterminante dans l’organisation de la société clunisoise. Et les traces en sont encore visibles sur certains édifices de la ville.


Après sa fondation en 909, l’abbaye de Cluny, placée sous la seule autorité du pape, était devenue un lieu de paix relative que protégea rapidement un Ban Sacré interdisant toute violence sous peine d’excommunication. Seigneur féodal de plein droit sur la ville et sur les possessions alentour, l’abbé de Cluny se devait d’en exercer le pouvoir judiciaire en toute indépendance de la cour comtale de Mâcon. A partir de 986, les chevaliers des environs viennent plaider leurs désaccords avec l’abbaye auprès de la cour de justice du prieur. Celui-ci forme d’ailleurs dès 990 parmi les moines une équipe de jugeurs professionnels dont on a retenu les noms : Aimon, Garnier, Gison, Rainard, Guy …

Car si l’époque est violente, on n’en est pas moins extrêmement procédurier ! Curieuse justice à nos yeux que celle de la condamnation par l’abbaye de Josseran de Merzé en 1023 : il doit s’acquitter de l’amende traditionnelle carolingienne de 600 sous pour avoir tué un homme à la porte du monastère ! Après 1050, les moines tiennent eux-mêmes des sessions de justice en cour monastique, renonçant à recourir à la justice comtale de Mâcon ou de Chalon contre les éventuels usurpateurs de leurs biens. Cette justice autoproclamée ne pouvait durer aux yeux des puissants voisins en conflit fréquent avec l’abbaye. Et en 1294 l’abbaye se voit signifier que les appels de ses décisions juridiques devront être portés au Parlement de Paris. L’abbé Bertrand du Colombier lui-même en subit les effets en 1360, condamné par le Parlement à une amende de 5 000 livres après des affrontements avec les gens de l’évêque de Mâcon sur la question des dîmes. Mais le pouvoir de l’abbaye n’est pas affaibli, puisque l’abbé Androin de La Roche est autorisé en 1360 à ériger des fourches patibulaires pour les pendaisons. Elles subsisteront sur la place de la Boucherie (place de la Liberté) jusqu’en 1772 !

C’est entre 1408 et 1517 que va apparaître dans les textes le fameux juge-mage (Judex Major), qui semble remplacer le doyen (moine responsable du doyenné que constitue la ville) dans ses compétences judiciaires.  C’est encore un moine au XVIe siècle, sans doute récompensé par cette charge plutôt honorifique. Il traite d’affaires gracieuses. La situation évolue au milieu du XVIe siècle, où certain situent l’affermage à un laïc de la charge de juge-mage, officier de justice de l’abbé. Il intervient d’abord dans la justice gracieuse, enregistrant les accords entre plaignants. Puis à la fin du siècle, il s’occupe aussi de la justice contentieuse. C’est à cette époque, en 1581, que naît l’un des juges-mages les plus connus de Cluny : Estienne Alamartine, ancêtre d’Alphonse de Lamartine. Issu d’une famille de commerçants notables de Cluny, il épouse une fille noble, est avocat au baillage de Mâcon, conseiller ordinaire de la maison du prince de Condé, puis juge-mage de Cluny. Il devient en 1651 conseiller-secrétaire du roi (charge qui s’achète !) et acquiert de ce fait la noblesse dont profitera son illustre descendance. Mort à Cluny en 1653, il nous a laissé une superbe maison dans la rue Lamartine.

Cette organisation de la justice, aux mains de l’abbé par l’intermédiaire d’un laïc, et ne dépendant pour les appels que du Parlement de Paris, ne convient guère aux puissants voisins de l’abbaye, qui aimeraient avoir des recours plus « locaux ». Mais en 1585, un arrêté du Conseil d’Etat a confirmé la chose pour cette nouvelle justice-mage. Dès cette époque, le juge-mage devient un personnage puissant, systématiquement échevin, et capitaine de la milice bourgeoise, seule force armée disponible. Ses décisions sont parfois surprenantes : en 1702 le juge-mage condamne le cadavre d’un homme trouvé mort, tué en duel au lieu-dit Bellecroix, a être traîné sur une claie, pendu aux fourches patibulaires, puis jeté à la voirie. Certes, le duel était formellement interdit ! En 1787,  deux Frères Récollets meurent à quelques jours d’intervalle. La rumeur publique arrive jusqu’à la Justice-mage, insinuant qu’ils se sont battus à mort parce que l’un d’eux rendait des visites scandaleuses à certaines dames. Il faut dire que la « rue du Petit Bordel » (ruette Michel Bouillot) donnait directement sur le couvent ! Le juge-mage qui traite cette affaire délicate est maître Froppier, qui s’est fait construire en 1775, sur l’emplacement de l’ancien cimetière  de l’église Notre-Dame, le superbe hôtel particulier que vous pouvez toujours admirer. Maitre Froppier s’illustrera encore en participant le 31 juillet 1789 au comité de citoyens chargés de l’instruction du procès et du jugement des 164 « brigands » faits prisonniers lors des évènements de la Grande Peur.

En 1790, une loi de l’Assemblée Constituante instaure une Justice de Paix dans chaque canton, pour régler les litiges de la vie quotidienne par une démarche conciliatrice. Accessible gratuitement, le juge de paix n’a pas de qualification particulière ; il résulte d’un vote puis d’une nomination, et doit donc posséder autorité morale et situation sociale établie. Devinez qui sera le premier juge de paix de Cluny ? Maître Froppier …

par Gérard Thélier